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no cabeçalho, pintura de Paul Béliveau

As progressões dos professores são tão automáticas, tão automáticas que um professor com trinta anos de serviço e avaliação de Bom vai no quinto escalão - os escalões são dez.
Se um ex governante vai para uma empresa privada, é um escândalo por conflitos de interesses pressupondo-se, imediatamente, que estamos perante um ato de corrupção nem que seja moral. Se vai para um cargo internacional ou uma empresa pública, é um “tacho”. Se passa a receber uma reforma, é um escândalo porque é demasiado novo e vive à custa dos contribuintes. Se continua na política, é um carreirista profissional desligado da realidade das empresas e pessoas (e vive à custa dos contribuintes). Se vai estudar é porque foi um calão e nunca estudou. Se vai dar aulas para a universidade sem ter um percurso académico, é uma ofensa para todos os académicos que passaram vários anos nas bibliotecas universitárias a construir, com suor e lágrimas, o seu percurso.
Será que os ofendidos do costume nos podem explicar qual é a solução prática para um político de meia-idade e sem fortuna familiar resolver esta encruzilhada de vida?
Há imensos políticos, a maioria, talvez, que saem da política e voltam às firmas onde trabalhavam ou vão trabalhar para outras e isso não é escândalo nenhum nem motivo de notícia.
'Tacho' é quando vemos que a pessoa vai trabalhar para uma firma que favoreceu enquanto foi político (aquilo que hoje em dia se chama a 'shroedificação' dos políticos) ou é nomeado para gestor de uma empresa pública (ou cargo público, como embaixador, por exemplo) e vemos claramente que não têm mérito nem currículo para os ditos cargos.
É preciso ser muito dogmático e cego para não ver que os 'gestores' das nossas empresas e banca, de todos os quadrantes políticos são, no geral, de uma total incompetência. Pegam em empresas rentáveis e destroem-nas. Depauperam tudo. Se calhar está ligado ao facto de serem escolhidos e nomeados, não por terem mérito ou currículo para os trabalhos mas por serem políticos ou amigos de políticos em busca de soluções rentáveis para a vida particular.
"Qual é a solução para um político de meia-idade que deixa um trabalho?" Bem, esse é um problema que todos os cidadãos/cidadãs de meia-idade que deixam um trabalho e não possuem fortuna têm e não é por isso que temos obrigação de lhes arranjar tachos. Essa é boa!
A magazine Philosophie deste mês tem uma série de artigos sobre o assédio, o desejo, o erotismo, as relações pós-harvey weinstein, etc.
Vou pôr aqui textos em três posts para quem quiser ler. São pontos de vista diferentes uns dos outros.

Parce que nous ne sommes pas sûrs de notre valeur ni d’exister réellement. Si tu m’aimes, c’est bien que j’existe, non ? Si tu m’aimes, je ne peux pas ne rien valoir… Nous avons besoin d’être aimés parce que nous ne sommes pas des monades autosuffisantes : nous sommes des êtres de relations qui trouvons notre vérité dans le regard des autres, dans leur attention ou dans leur amour. Cela ne date pas d’hier. Bien plus que la plupart des autres mammifères, nous naissons dans une dépendance totale à l’égard des autres : nous venons au monde prématurés, immensément fragiles et démunis. « Être, c’est dépendre », explique on ne peut plus clairement Alain. Nous avons besoin d’être aimés pour compenser cette détresse infantile, dont nous réussirons peut-être à sortir, mais en en payant le prix. Nous serons les « victimes de cette victoire », écrit Louis Althusser dans L’avenir dure longtemps. Dans notre besoin d’amour, quelque chose demeure de cette détresse infantile. C’est pourquoi nous avons du mal à vouloir être aimés comme des adultes. Nous confondons « être aimé » et « être protégé », « être aimé » et « être rassuré », ou « être consolé ». Notre besoin d’amour fera de nous de grands enfants fragiles et dépendants dans des corps d’adultes. Nous pouvons penser que c’est là, précisément, la beauté de l’amour : nous autoriser à la vulnérabilité. Si « être, c’est dépendre », alors autant dépendre de belle manière : peut-être même avons-nous besoin d’être aimés pour incorporer cette vérité de la dépendance et sortir enfin de l’illusion de l’indépendance, en même temps que de celle du libre arbitre ou de la maîtrise totale. Grâce à l’amour, nous comprenons que nous ne serons jamais des sages antiques, souverainement calmes et indépendants. Puisque nous ne choisissons ni d’aimer ni d’être aimés, nous devons cesser d’être cartésiens et de croire au libre arbitre. C’est l’heure de devenir nietzschéens : nous sommes choisis plus que nous ne choisissons. Reste à savoir aimer son destin, lui dire oui jusque dans la souffrance : la dépendance n’est pas, en effet, de tout repos.
Contre cette idée de l’amour, nous pourrions aspirer à un amour adulte, délivré de ce besoin d’être rassurés. Un amour qui ne soit pas simplement dépendance, réassurance ou consolation, mais la rencontre d’une altérité véritable : nous aurions alors besoin d’aimer ou d’être aimés pour voir le monde avec les yeux de l’autre, tout en continuant à le voir aussi avec les nôtres. C’est ce que développe Alain Badiou dans Éloge de l’amour : ouvrir, par l’amour, son rapport au monde, faire l’expérience d’un « deux », rencontrer le monde à partir de la différence, et plus de l’identité. L’idée est belle, on a envie d’y croire… Mais est-ce encore de l’amour ?
Oui, je crois. La face cachée d’une idée peut être l’instinct ou l’affect dans lequel elle s’origine. C’est en tout cas le soupçon que Nietzsche nous invite à porter sur nos idées. En faire la « généalogie », c’est se demander d’où elles viennent, ce qu’elles expriment indirectement comme instincts (la peur ? la vie ?). La face cachée d’une idée peut être aussi le postulat métaphysique sur lequel elle repose et qui n’apparaît pas au premier coup d’œil. Par exemple, l’idée de l’action que l’on trouve chez Hegel repose sur le concept de Dieu, pensé lui-même comme Œuvre, Retour à soi, et non comme Être immobile et éternel. Soyons donc psychologues et pas simplement philosophes. Lorsqu’une idée pointe le bout de son nez, se montre dans sa force ou dans sa nouveauté, ne nous laissons pas aveugler : demandons-nous ce qu’elle cache.
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Tournant le dos à une délétère “guerre des sexes”, l’écrivain Éric Reinhardt affirme son engagement “féministe”. Et si on aidait les hommes à s’ouvrir à leur délicatesse d’être ?
Depuis quelques années, toutes les fois que l’occasion m’en est donnée, je me présente comme un homme féministe. J’aime le mot « féministe », ce mot est armé, peu de mots sont aussi peu émoussés que celui-ci, ses radiations corrosives attestent des efforts qu’il a fallu déployer, ces dernières décennies, pour vaincre les résistances que la cause féministe rencontrait et rencontre encore dans notre société, où continue d’exister ce qu’on pourrait appeler un plafond de verre, la permanence d’une suprématie masculine immanente, inscrite dans les fibres mêmes de la réalité, immuable et inconsciente d’elle-même. Que seules une ou deux entreprises du CAC40 soient aujourd’hui dirigées par une femme ; que tant d’hommes se sentent diminués ou remis en question dans la conception qu’ils se font du couple et de l’identité masculine par la réussite sociale de leur conjointe, leur rayonnement, un salaire supérieur au leur (nombre de femmes me parlent de ça) ; que des hommes comme Harvey Weinstein aient pu prospérer en toute impunité jusqu’en 2017, ainsi que d’innombrables machistes narquois, faussement subversifs, aux visions ringardes et arriérées, désolantes ; tout cela démontre qu’en la matière les excès des dénonciations ne sont pas ce qu’il y a le plus à craindre, mais bien plutôt le fait qu’elles ne soient pas assez puissantes, suivies d’effets.
Chaque fois que m’est rapporté un cas précis d’injustice ou de violence faite à une femme, ou que j’en suis témoin, je me sens femme, je suis une femme, je vis la violence ou l’injustice dans mon corps, dans mon être, c’est instantané. Me bouscule et m’emplit d’angoisse toute répartition stéréotypée ou conservatrice des fonctions et des attributs traditionnellement féminins et masculins, par exemple le spectacle des femmes-à-la-maison le matin au café une fois qu’elles ont déposé leurs enfants à l’école – je ne peux m’empêcher d’apercevoir dans ces miniatures de placide avilissement une métaphore de la condition féminine maintenue contre son gré sous l’emprise d’une force supérieure invincible, à l’œuvre dans toute la société à des degrés divers mais jamais tout à fait résorbée (son ultime résidu étant la fameuse deuxième journée des femmes qui sont parvenues à s’émanciper de ce schéma).
Je fais partie de ceux qui pensent que la meilleure façon de servir la cause des femmes est d’enseigner aux hommes à dépasser les clichés de virilité qui s’attachent à la représentation masculine, en les aidant à s’accepter sensibles, fragiles et délicats, et inversement, d’amener les femmes à se sentir plus fortes, à ne pas attendre des hommes les conditions de leur accomplissement, à assumer leurs désirs de pouvoir ou de conquête, aspirations qui relèvent encore trop souvent, dans l’imaginaire collectif, d’une forme de monstrueuse virilité. De ce point de vue, que Sandra Muller (la journaliste à l’origine du hashtag balancetonporc avait dénoncé le comportement d’Éric Brion, ex-patron de la chaîne Équidia, qui lui avait déclaré : « Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. ») ait aussi peu d’autodéfense qu’elle ne puisse recevoir la phrase honteuse et pitoyable d’Éric Brion sans être traumatisée, ou qu’elle n’ait pas été en mesure de répliquer naturellement à celui-ci de façon à faire fondre la honte sur lui plutôt que de la laisser s’épanouir en elle, voilà qui est problématique et me fait penser que les protagonistes de cette scène s’attardent l’un et l’autre dans des visions éculées des relations hommes femmes.
Rien ne me bouleverse davantage que de recevoir des témoignages de femmes, et je ne les compte plus, me confiant que L’Amour et les Forêts leur avait imposé l’évidence que leur situation conjugale les mettait en péril, qu’elles devaient quitter leur mari, pour ne pas finir comme mon héroïne, pour ne pas mourir. La bannière « homme féministe » existe. Nous sommes ensemble. Notre combat est commun.
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Les comportements sexuels violents des hommes s’expliqueraient-ils par leur frustration ? C’est ce que prétend, statistiques à l’appui, la sociologue britannique Catherine Hakim. Une théorie que réfute la chercheuse israélienne Daphna Joel.
« Je suis arrivée à cette conclusion après avoir examiné les résultats de trente études menées à travers le monde sur de larges échantillons, par des universités, des gouvernements ou des fondations. Ces études, toutes postérieures à 1990, donc à la révolution sexuelle des années 1960, montrent que le problème est non seulement irrésolu, mais qu’il s’agit d’un « fait social » majeur du XXIe siècle. Une enquête pionnière menée en France en 1992 mérite d’être citée, car elle prend le couple, et non l’individu, comme “unité” de base. La question posée était : “Dans votre couple, lequel des deux partenaires a le plus de désir sexuel ?” Durant les deux premières années de la relation, l’homme et la femme sont à peu près égaux. Mais, après quinze ans de vie commune, les hommes et les femmes, interrogés séparément, sont seulement 4 % à dire que c’est la femme qui a le plus de désir ; 61 % des femmes disent que c’est l’homme ; et 35 % que les deux ont le même niveau de désir. Une autre étude, finlandaise, demandait : “Aimeriez-vous avoir des relations sexuelles plus fréquentes au sein de votre couple ?” Plus de la moitié des hommes répondaient par l’affirmative, contre moins de 20 % des femmes, tous âges confondus. Partout, vous trouvez des résultats similaires.
De plus, l’écart entre hommes et femmes se creuse avec l’âge. Jusqu’à 35 ans environ, les femmes éprouvent un fort désir sexuel. Après, il y a un effondrement rapide, à la fois chez les femmes qui ont des enfants et chez celles qui n’en ont pas, et que l’on pourrait croire, pour cette raison, plus disponibles. L’effondrement du désir féminin pose un grand problème aux hommes : quand ils sont étudiants, ils vivent des idylles sexuelles avec de jeunes femmes, se marient et sont très surpris de se retrouver confrontés à une frustration que rien ne laissait prévoir !
La réponse collective au déficit sexuel masculin est assez différente selon les cultures. Dans les pays catholiques (Italie, France ou Espagne), il existe une certaine tolérance pour les aventures extraconjugales des hommes, qui sont perçues comme une sorte d’exutoire. En France, la tolérance est paritaire ; d’ailleurs 40 à 50 % des Français et des Françaises mariés ont des liaisons extraconjugales. Dans les pays protestants, l’infidélité est moins acceptée et mène plus souvent à la rupture.
En avril 2016, la France a durci sa législation contre la prostitution, en pénalisant l’achat de services sexuels. C’est, à mon sens, une immense erreur de politique publique. Le déficit sexuel masculin a des proportions telles qu’il convient de libéraliser l’accès à l’industrie du sexe, c’est-à-dire tout à la fois à la pornographie et à la prostitution. Nous savons que les effets de la répression de l’industrie du sexe sont délétères, enrichissent des réseaux clandestins et dégradent les conditions de vie des prostituées. Je ne suis pas la seule à défendre ce point de vue : Amnesty International fait campagne depuis 2015 pour la décriminalisation totale des trafics liés à la prostitution, de même que les Nations unies qui ont changé de position sur ce sujet au milieu des années 1990, ainsi que le Bureau international du travail ou encore, en Grande-Bretagne, la Chambre des Communes.
Pour conclure, je n’ai été surprise ni par l’affaire Weinstein ni par les révélations en cascades qui ont suivi. Parce que je sais que la libération des mœurs n’a pas permis aux hommes de satisfaire pleinement leur désir et qu’ils restent en situation de manque. Les sites de rencontre sur Internet l’ont confirmé : en apparence, ils rendent l’accès au sexe plus facile ; mais pour chaque femme enregistrée sur ces sites, il y a en moyenne vingt hommes. Cela signifie que, lorsqu’on est une femme même peu attirante, on n’éprouve guère de difficulté à trouver un partenaire sexuel. Par contre, les hommes peu attirants n’ont d’autre choix que de payer. C’est ce que Silvio Berlusconi avait compris, mais pas Dominique Strauss-Kahn ni Harvey Weinstein, aveuglément vaniteux, ce qui les a précipités dans de graves ennuis. »
« Les études montrent que, en moyenne, les hommes disent avoir plus de désir sexuel que les femmes. D’autres statistiques nous apprennent également que la plus grande partie des actes de violence sexuelle sont commis par des hommes à l’encontre de femmes. Cependant, comme beaucoup d’hommes et de femmes le savent, un désir sexuel insatisfait peut être soulagé par la masturbation et ne se traduit pas nécessairement par des relations imposées à quelqu’un qu’autre. De plus, la concomitance de deux phénomènes n’est pas une preuve qu’ils sont liés. Raisonner ainsi reviendrait à affirmer qu’il y a plus de feux de forêt en été parce qu’on mange plus de glaces en cette saison. Ces deux faits sont indépendants mais simultanés. Ils ont néanmoins une cause commune : la chaleur.
Poursuivons : quelle pourrait être la cause unique, tout à la fois du désir sexuel plus intense chez les hommes que chez les femmes, et de la violence sexuelle perpétrée par les hommes ? Les féministes ont depuis longtemps soutenu que les deux phénomènes reflétaient la construction sociale actuelle des relations sexuelles en tant que relations de pouvoir.
Cela transparaît jusque dans le langage courant, qui emploie pour décrire les actes sexuels des mots violents – comme « baiser ». Considérez aussi le mot « pénétration », que nous avons tendance à considérer comme neutre, voire comme médical. Il est d’une violence incroyable. Si j’invite quelqu’un à dîner chez moi, il sonne, je lui ouvre la porte et le laisse entrer. Il ne pénètre pas ma maison. Les voleurs pénètrent les appartements, les armées pénètrent les frontières. En parlant de pénétration à propos d’un acte de plaisir et d’amour, nous lui donnons une connotation guerrière.
Les comportements qui seraient dus, selon Catherine Hakim, à un “déficit sexuel masculin” – ainsi en va-t-il du harcèlement ou du viol – ne me semblent donc pas procéder de la recherche du plaisir, mais bien de celle du pouvoir. Un homme qui harcèle une femme ou qui a un rapport avec une prostituée renforce son statut de dominant, davantage qu’il ne satisfait un désir sexuel rentré. D’ailleurs, la violence sexuelle contre les femmes existe également dans les cultures qui considèrent que c’est le désir féminin qui est excessif et incontrôlable. Tellement incontrôlable que, dans certains cas, la mutilation des parties génitales des femmes est vue comme le seul moyen de la contrôler. Ces groupes humains qui pratiquent l’excision ont, avec notre société, un point commun : la domination masculine.
La construction des rapports sexuels comme relations de pouvoir pourrait aussi expliquer que les femmes affirment avoir moins de désir. Certaines femmes ont envie de sexe, mais ne veulent pas être « baisées », c’est-à-dire dominées, brutalisées ou humiliées. Ensuite, le rapport hétérosexuel standard, conçu par les hommes et imposé par eux – encore une manifestation de leur supériorité sociale ! –, est moins satisfaisant pour les femmes. Faire la différence entre les préliminaires et le “vrai truc”, c’est se focaliser sur le fonctionnement masculin, qui préfère la pénétration vaginale, envisage le rapport sexuel comme une route droite qui mène à l’orgasme, et l’orgasme masculin comme le moment culminant et la fin de l’acte. Serait-ce que les femmes ont moins de désir sexuel que les hommes parce qu’elles trouvent moins désirable ce scénario normatif ?
Pour conclure, nous devons reconstruire les genres et la sexualité d’une manière qui n’associe pas domination et virilité, d’un côté, et subordination et féminité, de l’autre, d’une manière donc qui ne réduise pas la sexualité à un seul acte avec un but unique, mais qui célèbre les multiples moyens différents par lesquels les femmes et les hommes font l’expérience de multiples formes de plaisir. »
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L’exigence d’un consentement explicite avant chaque acte sexuel, en vogue dans le monde anglo-saxon mais aussi en Suède, serait, dit-on, incompatible avec l’érotisme. Est-ce bien certain ? Un détour par le « contrat » masochiste montre qu’il existe également une érotique du consentement.
Un car roule sur une route d’Anatolie. À un arrêt, un adolescent entre et choisit un siège. Devant lui, une jeune fille est assise, très droite. On lui devine un visage harmonieux et sérieux. Lentement, après que le car a redémarré, le garçon avance sa main vers le dossier du siège. Avec mille précautions, profitant du cahotement, il l’approche des cheveux de la jeune fille. Avec un doigt, il se met à caresser, très doucement, ses cheveux. Elle ne peut pas ne pas le sentir. Mais elle ne bouge pas. Il s’amuse à retenir un brin de sa chevelure entre deux doigts. Puis lui touche la joue. Elle ne remue pas davantage. Autour d’eux, des paysans âgés, des femmes, souvent voilées – le monde des adultes, des interdits. Sous leur nez, les deux adolescents jouent à l’amour. On peut considérer cette scène comme le summum de l’érotisme : la jeune fille ne sait peut-être pas qui la caresse, ou n’en est pas sûre. En ne bougeant pas, elle manifeste son acceptation, ou sa reddition. On peut aussi y voir un exemple de harcèlement. La jeune fille est tétanisée. Elle a peur de réagir. Elle se laisse faire et s’apprête à subir sans un mot la violence de l’inconnu.
Mais le temps du silence est révolu. Cette chose vue serait actuellement impensable sur un campus américain. En Californie depuis 2014, dans l’État de New York en 2015, dans celui du Connecticut l’année suivante, les universités ont été sommées d’adopter la règle du « consentement affirmatif ». Auparavant, la formule directrice était : « No means no. » Dorénavant, il faut demander un « oui » à chaque étape d’une étreinte : « Yes means yes » (lire l’encadré). Dans le cas contraire, une plainte pour viol peut être déposée. En Suède, une loi doit être votée en juillet 2018, interdisant une relation sexuelle n’ayant pas fait l’objet d’un consentement explicité. L’objectif est de faire disparaître toute ambiguïté, dont profitent toujours les agresseurs sur le mode : « Elle semblait consentante », « Pourquoi ne m’a-t-elle pas clairement rejeté ? » La règle du « consentement affirmatif » codifie, épelle et fragmente le processus érotique, au risque d’en éteindre le plaisir ou d’en supprimer la possibilité même. En Europe continentale, on moque souvent ces mesures. Les défenseurs de la galanterie et des liaisons dangereuses dénoncent la police du sentiment qui régnerait désormais. Les joies du jeu, du trouble amoureux, de la spontanéité seraient remplacées par un mode d’emploi érotiquement correct mais refroidissant.
On peut pourtant opposer à cette approche rigoriste du contrat une tout autre vision des traités, des clauses et des alinéas. Rappelons en effet aux partisans et aux adversaires de la contractualité amoureuse qu’un certain type de littérature, à ne pas mettre entre toutes les mains, en regorge. L’un des romans source du contrat érotique est La Vénus à la fourrure (1870) de Leopold von Sacher-Masoch. Un jeune homme, Séverin, pousse la femme qui l’aime, Wanda, à établir un contrat, qui postule qu’il sera son esclave (lire l’encadré). Ce contrat est unilatéral. D’ailleurs, au cas où elle viendrait à tuer Séverin, Wanda lui fait rédiger un billet expliquant qu’il s’est suicidé et en est le seul responsable. Si ce contrat est érotique, c’est premièrement parce qu’il apporte du formalisme dans la relation amoureuse. Ce n’est pas seulement le goût de la douleur qui fait le sadomasochisme, mais l’intensification du désir par le langage, par l’intermédiaire du contrat. « Chez Masoch, écrit Gilles Deleuze, il faut que les amours […] soient réglées par des contrats qui les formalisent, qui les verbalisent ; et les choses doivent être dites, promises, annoncées, soigneusement décrites avant d’être accomplies » (Présentation de Sacher-Masoch, 1967). N’est-ce pas exactement ce qui est requis par l’« affirmative consent » ? Ses partisans considèrent que le fait d’énoncer ce que l’on désire, au moment où on s’apprête à le faire, démultiplie sa puissance érotique. Dire ce que d’ordinaire on ne dit guère, ce qui est inconvenant ou même scandaleux pour les bonnes mœurs, voici un plaisir créé par Sacher-Masoch et repris par les féministes… D’ailleurs, ce contrat ne célèbre pas la domination masculine, puisque le rôle dominant peut aussi bien être tenu par une femme.
Le contrat sadomasochiste est érotique pour une seconde raison. S’il se signe à deux, ce contrat donne à l’un tous les pouvoirs sur l’autre. Si elle le désire, on l’a vu, Wanda peut tuer son esclave. Le désir est porté à son comble car il se confronte à l’inconnu et même au risque d’une violence. Ce qu’exprime, de manière fantasmatique et délirante, le sadomasochisme, c’est que l’érotisme constitue l’exploration d’une dimension inédite de nos vies – et que cette sphère, aussi poli et respectueux que l’on soit, recèle en elle de l’excès.
C’est ici que l’affirmative consent rompt avec cet érotisme du danger. Au lieu de laisser la porte ouverte à des possibilités menaçantes et infinies, on détaille tout ce qui est acceptable entre amants. On a d’excellentes raisons pour cela : c’est pour éviter une agression sexuelle ou un viol. Reste que sur ce point, l’affirmative consent se situe à l’opposé de Sacher-Masoch. Le contrat masochiste promet un monde périlleux. L’affirmative consent, au contraire, verrouille tout dérapage possible.
Si, avec le contrat masochiste, comme l’écrit encore Deleuze, « le langage prend toute sa valeur en agissant directement sur la sensualité », l’ouverture vers un excès possible, à la fois redouté et attendu, s’éteint ici – à moins d’articuler le consentement affirmatif à d’autres types de contrats, plus sulfureux. L’érotisme au temps de l’affirmative consent a donc du potentiel. Encore un petit effort !
Extrait. La Vénus à la fourrure, de Sacher-Masoch (1870)
Contrat entre Madame Wanda von Dunajew et Monsieur Séverin von Kusiemski
À compter de cette date, Monsieur Séverin von Kusiemski cesse d’être le fiancé de Madame Wanda von Dunajew et renonce à tous ses droits d’amant ; il engage par sa parole d’honneur et de gentilhomme à être l’esclave de la susnommée, et ce jusqu’à ce qu’elle lui rende sa liberté.
En qualité d’esclave de Madame Wanda von Dunajew, il portera le nom de Gregor, devra absolument combler tous ses désirs, obéir à chacun de ses ordres ; il accompagnera sa maîtresse avec soumission et considérera toute manifestation de sa bonté comme une extraordinaire grâce.
Madame von Dunajew dispose non seulement du droit de châtier son esclave pour les plus petites fautes et négligences selon son gré, mais également du droit de le maltraiter selon son humeur ou pour se distraire, tant qu’il lui plaît ; elle a même le droit de le tuer si bon lui semble – en résumé il devient son entière propriété.
Extrait. Règlement intérieur de l’université de Caroline du Nord à Chapel Hill (2017)
Ressources et informations sur les discriminations, le harcèlement, la violence sexuelle, la violence interpersonnelle
Comment demander le consentement ?
— « Je veux vraiment te faire du bien... Qu’est-ce que tu aimes ? »
— « Est-ce que … te semble bien ? »
— « Comment pourrais-tu te sentir à l’aise ou en sécurité quand nous... »
— « Je suis vraiment intéressé par l’idée de faire... avec toi. Veux-tu le faire ? »
— « J’aimerais faire l’amour avec toi ce soir, qu’en penses-tu ? »
— « Que voudrais-tu faire ou essayer ce soir ? »
Comment refuser ?
— « Non. »
— « Stop. »
Rappelez-vous que l’absence de « non » verbal n’est pas la même chose que « oui ». Le langage corporel peut aussi être utilisé pour communiquer l’absence de consentement. Il y a certains signes non verbaux qui indiquent que vous devez vous arrêter et en parler avec votre partenaire :
— le silence ;
— détourner la tête ou le corps ;
— vous repousser ;
— ne pas participer tout en restant allongé ;
— éviter de vous toucher/ne pas vous toucher.
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Face au sexisme, le temps de la parole est révolu, affirme la philosophe Elsa Dorlin, pour qui les femmes doivent désormais convertir leur colère en puissance d’agir. Aux armes, citoyennes !
« L’histoire de l’émancipation des femmes est traversée par le tabou du recours à la violence. On applaudira les mesures de protection des femmes, mais elles constituent aussi une reconnaissance de leur statut d’éternelles victimes, celles-ci étant, de leur côté, comme emmurées dans un sentiment d’impuissance, de honte, de mésestime de soi. Or l’expérience partagée du sexisme, ce n’est pas d’abord la honte, c’est la rage : rage contre l’agresseur, contre la société complice, rage inexprimable de n’avoir pas su, pu faire ce qu’il fallait pour se sauver. Pourtant, si les femmes se défendaient avec violence, elles deviendraient indéfendables. J’ai voulu réfléchir à cette rage et à sa conversion en puissance d’agir. On dira que je plaide pour la “guerre des sexes”… alors que, en désignant des corps comme “violentables”, des sujets comme de la viande ou des butins, on légitime une forme de violence crasse.
Les femmes engagées dans la Révolution française ont réclamé en 1792 le droit de constituer une garde nationale armée féminine. On les a représentées comme des folles, des meurtrières, des êtres dénaturées. Mais elles revendiquaient ainsi l’accès à l’autonomie : avoir le droit aux armes, c’est abolir la distinction entre citoyen actif et passif ; avoir le droit de se défendre soi-même, c’est donc sortir du statut mineur de l’individu à protéger.
En Angleterre à la fin du XIXe siècle, des suffragistes ont prôné l’action directe, physique. Leur slogan “Assez de mots, à présent des actes” prend à rebours le vieux stéréotype sur les femmes “moulins à paroles” – les femmes, par nature, se déverseraient d’humeurs, de sang, de larmes, donc aussi de mots… Les suffragistes ont saisi que plus elles se tenaient dans le registre du discours, plus elles entérinaient leur dépendance à l’égard de l’autorisation d’autrui. En descendant dans la rue, il ne s’agit pas de “demander” des droits, mais de les prendre. Elles ont appris le jiu-jitsu, qui faisait son apparition en Angleterre. Et en s’entraînant ensemble, elles ont collectivement libéré leurs corps. Elles ont pu créer une autre norme de la féminité, puissante, autonome, irrévérencieuse. C’est par cette conscience “musculaire” que se forme une conscience féministe.
Quelques décennies plus tard aux États-Unis, le Scum Manifesto écrit par Valerie Solanas en 1967, se situe avec une radicalité éruptive dans la continuité de ce féminisme “musculaire”. Valerie Solanas est une personnalité très controversée au sein du féminisme (elle a tenté d’assassiner Andy Warhol), qui charrie jusqu’à la pathologie psychiatrique les stigmates de la violence des femmes : le ressentiment, la vengeance, la rage. Toutefois, son texte exprime avec force que le sexisme, même sous ses formes les plus ordinaires, anodines (la petite remarque en passant dans un repas de famille ou au bureau), rend littéralement dingue. Dans un tout autre contexte, Frantz Fanon avait lumineusement montré combien le racisme a des effets mortifères sur le psychisme.
Comment est-il possible qu’il n’y ait pas une explosion de violence pour renverser ce système ? Le Scum [“Scum” en anglais peut se traduire par “racaille”, mais chez Solanas, c’est aussi un acronyme qui signifie “Society for Cutting up Men”, soit “association pour castrer les hommes”] appelle les femmes à la grève générale pour faire exploser le capitalisme bourgeois, la famille, la société marchande, le puritanisme qui les condamne à l’ennui sexuel et à l’oubli de soi. Il préconise aussi d’émasculer, voire de massacrer un bon nombre d’hommes (les biologistes, certains artistes, les journalistes, les patrons, etc.). Évidemment, outre son flamboiement littéraire, le programme est sidérant parce qu’il déstructure les normes du monde par le feu et par la hache. Le texte de Solanas a le mérite de montrer qu’il est temps d’arrêter la pédagogie, de cesser de négocier, de demander ou d’expliquer encore et encore la réalité de la violence subie par les femmes. Dans ce combat social et politique, certaines féministes, comme Monique Wittig, ont défendu le marronnage : sortir de la société hétéro-normative, faire sécession, constituer une sorte de nationalisme comme il y a un nationalisme noir, c’est-à-dire faire une société autre, à l’abri des normes et des cadres de pensée dominants qui créent des formes d’aliénation, d’étrangeté à son monde vécu. Le mouvement Balancetonporc ou MeToo recourt plutôt au sabotage. En disant ce qui devrait être tu, il sabote l’illusion : derrière le rideau de fumée de la libération sexuelle et de l’égalité de droit, voilà ce qui se passe. Le vécu des femmes fait irruption dans le réel.
Tout cela constitue des formes de défense de soi. Ce souci de soi passe à mon avis fondamentalement par le corps : compter charnellement sur soi. Très pragmatiquement, il faut sauver sa peau. Dans l’urgence, vous n’allez pas invoquer la loi ou attendre la police ! Faut-il se mettre aux sports de combat ? Tout un marché est en train de s’ouvrir avec les cours de self-defence féminins. Un expert ceinture noire 3e dan de taekwondo va vous entraîner à vous débarrasser d’un agresseur ou d’un voleur à la tire, vous apprendre des techniques peu accessibles à des profanes. Or les femmes sont déjà expertes en autodéfense : il faut souvent autre chose qu’une clef de bras efficace pour se défendre contre un compagnon qui vous humilie, contre une gifle, contre un patron ou un collègue qui vous harcèle. Il s’agit de partir de ce que notre corps sait déjà : écouter son intuition, et, par exemple, savoir fuir sans réfléchir lorsque certaines situations, lieux, personnes, nous mettent mal à l’aise. On a trop appris aux femmes à prendre sur elles. On devrait plutôt éduquer les filles à animer, déployer leur corps, investir leurs muscles, habiter puissamment le monde commun. L’autodéfense n’est pas une vengeance, c’est une éthique de soi. »
Le commentaire d’Eva Illouz
“Les femmes ont toujours mené leur combat sans les hommes”
« Il n’y a jamais eu d’Abraham Lincoln de la condition féminine, un “grand homme” qui aurait consacré sa vie, ses idées, sa carrière à l’abolition du joug de la domination masculine. Certains philosophes ont dénoncé la sujétion de la femme, aucun n’en fait sa grande cause. Sartre, le compagnon de Simone de Beauvoir, a soutenu les colonisés, les homosexuels, les juifs, il n’a pas mené de combat public pour les femmes. La cause des femmes est restée la leur seule. Mary Woolstonecraft (1759-1797), Sojouner Truth (1797-1883), Margaret Fuller (1810-1850), Emily Pankhurst (1858-1928) et Betty Friedan (1921-2006) ont mené leurs combats sans les hommes. Sojourner Truth, l’esclave qui, après sa fuite en 1827, est devenue l’une des grandes avocates de la cause des esclaves et des femmes, s’est sentie dans l’obligation de rappeler à son public choqué : « Ain’t I a woman ? » [« Ne suis-je pas une femme ? »]. N’est-il pas temps que les hommes fassent leur notre cause ? À défaut, comme le suggère Elsa Dorlin, elles risquent de faire sécession. »
Só erros, uns atrás dos outros... a 'sua' Europa'? Destes 6? O resto está de fora à espera de ordens? E mais ameaças? Mas não aprendem nada com os erros? Isto está lindo... entregues a esta gente... parece que são escolhidos a dedo: quanto piores mais longe chegam. Por cá está tudo contente porque enquanto falarem disto esquecem-se das perguntas sobre o roubo, digo, rombo, na CGD.
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